Un vent de fronde souffle dans l'hyper centre de Bordeaux. Tellement fort qu'aucun parti politique n'arrive à le récupérer. Des citoyens libres et égaux se rebellent contre la politique de collecte des ordures ménagères que la ville tente de mettre en place dans la douleur. Les poubelles individuelles de 35 ou 80 litres, au fond, personne n'en veut dans sa cuisine, même si la collecte est effectuée presque tous les jours.Autour de la table de la discorde, trois Bordelais pur jus de l'hyper centre. L'électorat de Juppé par excellence. Pourtant... Chantal Fonteneau dirige une pharmacie, allée de Tourny, Serge Michaud, dirige la chocolaterie Cadio-Badie sur les mêmes allées et Paul Carde, habite rue Vauban. Tous trois ont vaillamment pris le taureau par les cornes en acceptant de participer au Comité citoyen de la propreté, mis en place par la mairie à propos de la nouvelle collecte de poubelles et du tri collectif.
Résultat ? « On a voulu en être, croyant naïvement que nous serions entendus, commence Serge Michaud. En réalité, il s'agit d'un comité du politiquement correct. Tout était décidé à l'avance et d'ailleurs, les poubelles individuelles étaient déjà commandées. »
Question de stockage
« Ce comité ne résout rien et n'a même pas l'intention de le faire. La ville se vante de vouloir faire de la pédagogie sur le tri sélectif. Nous ne sommes pas idiots, renchérit Chantal Fonteneau. On n'a pas besoin qu'on nous apprenne ce que nous faisions déjà. En revanche, ils refusent d'entendre que nos immeubles ne sont pas adaptés à cette politique. Les couloirs trop étroits n'ont pas de local à poubelles, obliger tout le monde à rentrer sa poubelle est impossible. »
Tous trois affirment n'avoir rien contre le tri sélectif au contraire. Selon eux, le problème vient du stockage. Chantal Fonteneau, pharmacienne, a pris les devants. « Nous avons fait réaliser une analyse de surface des poubelles, dit-elle. Les résultats sont effrayants : ils révèlent une charge bactérienne lourde, des bactéries pathogènes bien au-delà du seuil admissible. Vous imaginez que l'on doit rentrer ces poubelles chez nous ? Ces bacs, qui sont des bacs d'extérieur, on nous demande de les caser sous l'évier, dans la cuisine. Nous n'avons pas les moyens techniques de les nettoyer ces nids à microbes. C'est contre toutes les règles d'hygiène. »
30 litres, ce n'est pas assez !
Comme il ne faut plus laisser les poubelles sur les trottoirs, sous peine d'être verbalisé, les riverains du centre-ville ont commencé à rentrer les bacs dans les couloirs des immeubles. Chez Serge Michaud, la veille du passage des éboueurs, il y a jusqu'à 7 poubelles qui débordent. Colère du propriétaire. « Pour la première fois depuis que j'habite ici, il a fallu dératiser, assure-t-il. Forcément. En plus, du fait que ces poubelles gênent le passage, le couloir n'est pas adapté. Pas d'aération, rien. Désormais, nous avons des souris dans les appartements, des mouches grosses comme des guêpes, des blattes. »
« Nos immeubles sont devenus insalubres, c'est un comble au XXIe siècle », tonne Chantal Fonteneau. Ils répètent que la situation est « ubuesque ». Paul Carde ajoute : « Les poubelles de 30 litres sont trop petites, on ne peut les vider tous les jours, sauf pour les gens qui vivent seuls. »
Tous trois citent des personnes âgées vivant au troisième ou quatrième étage d'immeubles et incapables de monter et descendre leurs poubelles. « Bien obligés de les laisser en bas, dans les couloirs... »
Paul Carde a écrit au maire de Bordeaux au sujet de ce dossier brûlant. Il propose des solutions, puisque le Comité propreté ne l'entend pas. Le retour des bons vieux containers. « Un bac collectif avec un second bac vert pour le tri sélectif, écrit-il. « Les services municipaux ont déjà aménagé des bacs enterrés ailleurs. Pourquoi pas en centre-ville ? »
Une pétition contre cette politique de collecte des ordures ménagères a été remise à Laurence Dessertine, maire-adjoint du quartier centre-ville. 1 600 signatures à ce jour. « Nous ne serons pas récupérables par un quelconque parti politique ajoute Chantal Fonteneau. Notre démarche n'a rien à voir, nous ne cherchons pas à malmener Alain Juppé. Mais là, ce n'est plus possible. Sachant que nous sommes au comité propreté, les gens nous font confiance, se reposent sur nous. Or, ce comité c'est du vent. Une habitante du quartier a reçu une menace d'amende de 500 euros. La ville lui reproche d'être « double récidiviste ». Il se trouve qu'on lui a volé deux fois sa poubelle. »
Pour autant, ils réfléchissent à de nouvelles propositions, afin de contourner cette méthode. « Les déchets, c'est fait pour être à l'extérieur des maisons, voilà notre point de vue de base », lâchent-ils.
« Le paysage urbain est pluriel »
Michel Dusclaud préside l'association des quartiers Sainte-Colombe, Saint-Éloi et La-Rousselle. Il vit rue de la Rousselle depuis 30 ans. Cet ancien collaborateur de Chaban-Delmas, professeur à Sciences-po Paris, conteste vivement l'initiative municipale concernant le traitement des déchets. « Une solution absurde dit-il. La structure des rues ne permet pas cette pratique. Les immeubles ne peuvent stocker les poubelles. Il faut adapter l'idée. On ne peut faire appliquer les mêmes règles à l'ensemble d'un paysage urbain, sans tenir compte du fait qu'il est pluriel. C'est comme les pavés. Toutes les places de Bordeaux ont été traitées de la même manière, selon la charte Wilmotte. Or, les espaces sont différents ils ne réagiront pas de façon identique. Vouloir uniformiser est une idée technocratique. Pour l'instant dans mon quartier, la distribution totale des poubelles n'a pas été possible. Les personnes âgées ne peuvent monter les bacs chez eux. C'est vraiment mal fichu. »
Michel Dusclaud a écrit au maire de Bordeaux afin de lui suggérer de revenir au système des bacs collectifs.
Auteur : Isabelle Castéra

1 commentaires:
Bjr a ts.
Hier,en rentrant chez moi j'ai eu la surprise de voir devant ma porte,(située au 2é etage)une " magnifique poubelle" au plastique bien moulé,de couleur foncé et reflétant bien la lumiere.(waouh !mais qu'est ce qui dit?!)
Me posant la question du pourquoi et comment; j'entreprends de me renseigner sur le sujet et j'arrive sur les bordelais en colère.PARDINE!je ne veux pas de ca chez moi ni meme ds la cage d'escalier.
Alors je me dis ,ok je respecte.je sors ma poubelle et je la nettoie de temps en temps....bon !Mais qui va s'occuper de l'etat des gants des personnes qui ramassent nos dechets(pas question de prendre ma poubelle derriere et de la mettre ds la cuisine et qui va surveiller pour eviter qu'un chien ne se soulage dessus!?Là encore moins pour la mettre dans mon appart!
Alors je suis bordelais et suis moi aussi en colère!!!!VOILA c'est tout.A bientot pour parler du stationnement dit génant.
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